-- TOUTE -- Actualités Communiqués Conseils santé Formation Projets Publications Scientifiques Refugiés
Lumière sur le prétendu mauvais traitement des patients du Covid 19 à Bertoua
Actualités  |  02 Juillet 2020 20:34  |  392  |  A+ | a-
Une scène de ravitaillement des patients
Une scène de ravitaillement des patients
Dr Fokouo, une rumeur circule dans les réseaux sociaux faisant état  du mauvais traitement dont feraient l’objet, les patients du Covid 19. Qu’en est-il exactement ?
 
Merci pour l’opportunité que vous me donnez pour donner des éclaircissements sur cette malheureuse information. Il ne s’agit nullement de mauvais traitement. Nous avons déménagé le centre de prise en charge de l’Hôpital Régional vers le site pour Mandjou il ya moins de deux semaines. Ce site a été aménagé par les partenaires HCR/AHA et la DRSP-Est. Il y a encore des réglages à faire pour parfaire les choses. Sur les plans infrastructurel et logistique, il y a des ajustements à faire qui n’ont été visibles qu’après la mise sous stress réelle qu’est la présence des patients. Il y a ainsi de temps en temps des repas qui arrivent en retard, des problèmes d’électricité et d’eau. Mais nous travaillons sans relâche à améliorer les choses.
 
Qu’arrive-t-il donc réellement pour que les repas arrivent en retard ? On sait pourtant l’importance d’une bonne alimentation dans la guérison, n’est-ce pas Dr ?
 
Il y a  malheureusement de temps en temps des retards dans l’approvisionnement, notamment en repas. Et nous sommes les premiers navrés de cette situation. Notez qu’il n’existe pas de cuisine sur place. Un traiteur basé dans la ville de Bertoua apprête chacun des trois repas journaliers, les transporte à l’hôpital dans des conteneurs individualisés. Un véhicule passe donc les prendre en même temps que le personnel soignant à 7h45, 13h00 et 16h00 pour les convoyer à Mandjou. Notre partenaire AHA qui met à notre disposition les véhicules s’occupent de plusieurs autres opérations auprès des réfugiés. Ces véhicules sont donc hyper sollicités et ceci explique les retards parfois observés. Cela n’est donc pas délibéré, car un mauvais traitement suppose que l’intention est de nuire dès le départ. Or, nos équipes ont un dévouement et une assiduité extraordinaires. Qu’il me soit permis ici de saluer leur sens du devoir et leur professionnalisme. D’ailleurs, ils sont tout autant victimes que les patients, car ils mangent la même nourriture que ceux-ci et sont au même titre affectés par les retards.
 
Quant à l’eau et à l’électricité, quel est le problème Docteur ?
 
Le site de Mandjou a été préparé par HCR/AHA-DRSP-EST en une dizaine de jours, spécialement pour recevoir les patients COVID-19. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas sur place toutes ces commodités. Elles ont été installées et c’est l’arrivée des patients et d’équipements parfois lourds et délicats qui ont révélé certains problèmes. Ainsi, le forage s’est avéré insuffisant. Des panneaux solaires alimentent en principe jour et nuit les lampes et les prises. Le faible ensoleillement ces derniers jours empêche les accumulateurs de ces plaques de se recharger suffisamment, ce qui explique le délestage qui a lieu à une certaine heure de la nuit. Pour les appareils de réanimations qui sont plus délicats et plus gourmands en énergie, un groupe électrogène est présent, mais présente un dysfonctionnement imprévu. Au moment où je vous parle, des techniciens sont à pied d’œuvre sur le site pour terminer un deuxième forage et faire fonctionner le groupe. Nous en appelons à la patience des usagers car dans les jours prochains, ces difficultés seront résolues. Quotidiennement, CAMWATER et l’Hôpital régional ravitaillent le site en eau pour les besoins des malades et soignants.
 
Que ce soit de la nourriture et autres du à l’extrême sollicitation de l’ambulance qui fait beaucoup de tours par jours, et a d’autres occupations. Tout comme il y a un problème avec le groupe électrogène et le forage que le partenaire HCR/AHA se démène pour résoudre dans les plus brefs délais. Camwater et l'hôpital régional assurent l'approvisionnement en eau en attendant que le forage soit fonctionnel. Des panneaux solaires fournissent l'éclairage, mais en raison du temps pluvieux, ils n'accumulent pas suffisamment d'énergie, d'où les coupures dès 22h. Nous avons en permanence sur le site un médecin, deux infirmières, un hygiéniste et un commis de pharmacie. Ils mangent les mêmes repas et sont soumis aux mêmes conditions que les malades. Donc, ils ne manquent de rien. Je souligne que le site a une capacité de 60 lits.
 
Depuis un moment, on ne parle presque plus de nouveaux cas. Est-ce à dire que la situation est sous contrôle ?
L’épidémie est loin d’être achevée. C’est pour cela que nous recommandons d’observer les mesures prescrites par le gouvernement. Il y a toujours de nouveaux cas. En baisse certes, mais il y en a tous les jours de nouveaux.
 
On a annoncé l’arrivée des équipements pour le centre spécialisé de Bertoua. Les tests, les kits entre autres. Qu’en est-il ?
Le site de Mandjou est équipé d'un respirateur artificiel, de deux appareils de ventilation à pression positive (CPAP) et de 3 Extracteurs d'oxygène. Des tests sont disponibles au laboratoire, ainsi que les médicaments à la pharmacie. Je rappelle que nous avons enregistré notre premier cas le 06 avril 2020 venant de Douala, aujourd’hui totalement guéri.
 
Comment se fait la prise en charge des patients du Covid 19 ?
Tout commence par le dépistage. Nous encourageons les populations à venir se faire dépister, et s’assurer de leur état. A ce effet, les patients sont évalués lors du diagnostic et classés en asymptomatiques, légers, modérés ou sévères. Les asymptomatiques sont ceux qui ne présentent aucun symptôme de la maladie. Ce sont les plus nombreux, suivis des légers qui ont des symptômes qui ne les empêchent pas de vaquer à leurs occupations. Toutefois les uns et les autres sont contagieux. Raison pour laquelle ils sont confinés chez eux sauf si la configuration du domicile ne le permet pas (absence de pièce et toilettes réservées au patient) ou si le patient vit avec des personnes à risque (diabétiques, hypertendus, personnes du troisième âge, drépanocytaires, cancéreux etc.). Les Modérés et Sévères sont extraits et transportés par ambulance vers le site de Mandjou où ils sont soignés, nourris et logés gratuitement.
 
Ceux qui sont internés sont dans quelles conditions ?
Les patients amenés au site de Mandjou sont logés dans 3 bâtiments distincts : un pour les hommes, un autre pour les femmes et un dernier pour les patients Sévères quel que soit le sexe qui contient une unité de réanimation. Le site est divisé en trois zones distinctes: zone verte pour le personnel et les prestataires, zone rouge pour les patients et zone orange intermédiaire, où le personnel se change et traite les déchets. Pour aller de la verte à la rouge, il faut des équipements de protection individuelle. Les patients ne sont pas admis en zone verte, pour ne pas propager la maladie aux soignants et aux prestataires. Toutefois, ils ont une certaine mobilité dans la zone rouge qui est spacieuse et aérée. Ils peuvent s’asseoir dehors, prendre de l’air ou un bain de soleil. Ils disposent de toilettes et de téléviseurs. Le site est logé dans un écrin de verdure, environné de calme et propice au travail des soignants et à la guérison des soignés.
 
Le dispositif mis en place pour lutter contre la pandémie est-il en adéquation avec la situation ?  
Le dispositif mis en place contre le Covid-19 serait parfait s'il y avait des tests en masse pour dépister et traiter tous les cas et couper la chaîne de transmission. Et si on avait une action répressive sur ceux qui ne respectent pas les mesures du gouvernement. La bonne marche du système dépend de la coopération de chacun de nous.
Quels conseils à l’adresse de ceux qui estiment que cette maladie est un gros bluff, ou un business ?
Le Covid-19 existe bel et bien. Notre région a déjà enregistré plus de 800 cas et presque 20 morts. Il faut se protéger et protéger les autres. Malheureusement, comme vous dites, plein de gens continuent de douter de la réalité de cette maladie, ou même pire, à penser que c’est un business organisé par les hôpitaux pour se faire de l’argent. Ce qui est non seulement faux, mais contraire à la logique et au bon sens. En effet, beaucoup de soignants risquent leur vie au quotidien. Certains en sont morts. Nous sommes soumis à une surcharge de travail et nos primes ordinaires antérieures à cette pandémie ont fortement baissé à cause de la chute de la fréquentation des hôpitaux.
 
 
Propos recueillis par Martin Crépin Ntsana Mekok, PFC/HRB
                  
 
 
 
Top